Quelle évolution en demi-siècle ! En effet, du début du vingtième au début des trentes glorieuses, rien n'avait bien changé dans le mode de travail de la terre.
Tout se faisait à la main ou avec les chevaux, les mules et mulets.
Les outils de base n'avaient pas vraiment évolué, que ce soit la faucille, les sécateurs et cisailles, les pioches...Comme le matériel : La charrue, la raseuse, la herse, la faucheuse, le rateau,
le tomberau, le plateau, la moissonneuse-lieuse.
Seule la batteuse était motorisée.
La traditionnelle sulfateuse à dos avait seulement connue une évolution dans la forme de son réservoir en cuivre passée du cylindrique au "rectangulaire" plus volumineux et épousant le dos
du porteur.
Puis ensuite, la sulfateuse tractée est apparue, avec un grand réservoir de cuivre posé sur un chassis à deux roues. La pompe mécanique rythmait la projection des jets qui couvraient deux
demie-rangées, selon l'avancée de l'animal de tête arnaché entre deux bras de bois travaillé.
L'engrais était naturel, directement issu du fumier des animaux de la ferme, des equidés aux bovins en passant par les brebis et même parfois, pour le jardin, celui des poules et des lapins et
autres voltailes de la base-cour.
On sulfatait "au cuivre", le sulfate de cuivre pur, dilué dans l'eau et mélangé dans un tonneau de bois au bâton.
C'était avant qu'apparaisse la fameuse bouillie bordelaise qui était un mélange dudit sulfate et de chaux éteinte.
Dans les deux cas, on entendait parler de "la" sulfate alors que le dérivé du cuivre est pourtant masculin.
La bouillie avait amélioré diffusion de "la sulfate", sa finesse et la tenue du liquide projeté sur les feuilles de vignes, des plans de tomates et même des feuilles des légumes du jardin,
celles des aubergines comme de celles des rosiers des cours, enfin de tout ce qui craint le mildiou. Ceci parce que le mélange mouille mieux.
Les vignes etaient régulièrement bien "travaillées" : On déchaussait au printemps, rasait puis passait "les manouillères" avec un "picon" pour enlever le lambeau de terre qui restait entre chaque
cep. On mettait de l'engrais.
Peu après la poussée des sarments, on souffrait avec du soufre (poudre), "au sac" ou à la soufreuse à dos puis ensuite à la petite soufreuse tractée.
Ensuite on entretenait les rangées jusqu'aux vendanges : Après avoir "démamé" les petites pousses sur les "bannes" des souches, on "dépointait" les longs sarments verts à la faucille
ou la cisaille.
On sulfatait quand il le fallait, on passait "les griffes" dans les rangées...
Pas question d'arroser la vigne qui par nature s'accomode fort bien de notre climat.
Quand le cochili, un petit ver du raisin, avait le malheur d'arriver au coeur de l'été, on traitait au premier "poison" chimique apparu dans les coopératives.
Après les vendanges faites au sécateur à une main ou à la serpe pour les plus anciens, on chaussait les pieds de vigne pour l'hiver, c'est à dire qu'on les recouvrait.
Puis arrivait la longue taille d'hiver qui se faisait au sécateur à deux mains. On dit même que c'est un âne qui a inventé le type de taille : Il devait avoir de bonnes dents car après les
vendanges, le bois est dur. On ramassait les sarments en petits tas régulièrement espacés dans une rangée sur deux. Ceci pour laisser le passage pour le ramassage qui se faisait à la fourche sur
un plateau avant d'aller décharger le tout en bout "d'acances" pour brûler.
C'était avant que "les brûloirs" tirés permettent d'éviter le transport des sarments. Puis encore plus astucieusement les petits brûloirs artisanalement réalisés à l'image de la brouette
permirent de brûler directement les sarments dès leur taille, sans avoir besoin de les entasser.
Et le cycle recommençait.
Il n'était pas rare de voir un seul homme"mener" à lui seul un dizaine d'hectares de terre en dehors des vendanges ! Seuls les propriétaires les plus riches avaient des fermiers, métayers ou
des commis.
Les rives de l'Hérein et de l'Aygues étaient réservées aux traditionnels fourrages et luzernes appropriés aux terrains frais ou aux pommiers et même aux coignets.
Puis les tomates et les melons les ont progressivement remplacés.
On n'était pas encore passé dans l'ère de la productivité où les syrahs et les carignans leur ont succédés.
Après un passage aux charrues accrochées aux "chenilles", les tracteurs à pneus les ont supplantés avec les raseuses automatiques associées, le désherbant a remplacé
charrue, raseuse...
Alors, fi la qualité, seul le poids de raisin ramassé comptait. Les enjambeurs avec leurs pulvérisateurs à turbine ont sulfaté plusieurs rangées à la fois d'un broullard micronisé.
Le déserbage total a commencé à polluer.
Puis les machines à vendanger ont débarqué droit venues du Bordelais et derrière, les vignes, sur fil de fer ont été installées, et la mondialisation fait ce qu'elle a fait.
Après par prise de conscience de l'écologie, ou par souci d'économie, seuls les rangs ont été déherbés et non plus toute la rangée.
Maintenant, il n'est pas rare de voir des vignes travaillées une rangée sur deux, ou plus du tout labourées mais seulement fauchées au "rotovator" amélioré.
La dernière famille qui ait toujours résisté à cette évolution était celle de Marc Raoux et on se souvient tous ou presque de Marcou et son petit charreton ou portant les raisins au conquet de
Costebelle avec le cheval et le tomberau.
Ah ! Si les anciens revenaient...
Il reste encore quelques irréductibles qui continuent de "bien" travailler les vignes comme par le passé et qui se sont seulement adapté aux fils de fer, même s'ils vendangent encore à la main.
A suivre.